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 "Lunard" by Hito

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Eichi Kytsuya




MessageSujet: "Lunard" by Hito   Jeu 4 Déc - 23:33

Titre : "Lunard"
Résumé : Voici une fic écrite par Hito en collaboration avec gjc597. l'histoire leur appartient donc ainsi qu'a la merveilleuse JKR.
MAGNIFIQUE : je la conseil à tous ! Le meilleur des Rémus/Tonks que j'ai eu le plaisir de lire!!
Cette fic commence au milieu du Tome 5 "Harry Potter et l'Ordre du Phoénix" et se finira à la fin du Tome 6. Que diable s'est-il donc passé entre Remus et Tonks pendant tout ce temps? ^^
Genre : Romance, Aventure, missing moment, mystere,...
Rating : nc - 17
Avertissement : Trés longue !!!




Lunard :
Chapitre un :



Remus Lupin parcourut à pied les derniers mètres le séparant de leur lieu de rendez-vous. La proximité du Ministère ne rendait guère discret ce genre de rencontre, mais aujourd’hui, ils n’avaient pas eu le choix. Regardant prudemment autour de lui, il s’apprêtait à sortir d’une ruelle sombre lorsqu’une douleur foudroyante le frappa en pleine poitrine.
Il aspira plusieurs grandes bouffées d'air frais, espérant ainsi atténuer la sensation d'oppression qui le tenaillait, mais il sentit sa main se crisper machinalement sur sa poitrine. Un poignard à la lame acérée semblait s'enfoncer lentement et insidieusement dans son cœur.

Il se pensait pourtant immunisé contre ce genre de chose. Il avait passé tant d’années à se fermer, tant de temps à s’endurcir… Mais il s'était trompé et cela faisait mal, bien plus même qu'il ne l'aurait imaginé. Comment avait-il pu être à ce point imprudent, lui qui restait sans cesse sur ses gardes? A quel moment sa vigilance s'était-elle éteinte ?

« Ah les hommes mûrs ! J'adore ! On découvre tant de choses à leurs côtés ! »

Non, ce n'était pas là. Il aurait pu s’agir de n’importe qui et il était surpris d’avoir prêté attention à une remarque si anodine.

« Les grands bavards me saoulent ! Je préfère les taciturnes, ils ont quelque chose de… mystérieux. »

Là non plus. Il y avait, certes, ambiguïté mais son regard taquin n’avait pas quitté Sirius pendant sa tirade.

« Si je trouve Remus séduisant ?… Bien sûr. Sans l'ombre d'un doute. »

De toute évidence, c'était là… Nymphadora Tonks le trouvait séduisant et il s’était laissé piéger comme un débutant. Cette phrase avait pourtant été dite avec un naturel parfait, sans équivoque, comme si un simple fait venait d’être énoncé.

Remus Lupin était un homme séduisant.

Il ne s’était pourtant jamais considéré comme tel et venant de la bouche d’une très jeune femme, ce compliment semblait presque déplacé. Et pourtant, une partie de lui s’en était souvenue. Une partie de lui avait même aimé.

Le poignard fiché dans son cœur fit un quart de tour et s'enfonça davantage dans sa poitrine lorsque Tonks resserra son étreinte autour de l'inconnu. La voir dans les bras d'un autre lui était tout simplement insupportable.

Comment en était-il arrivé là ? Comment avait-il fait pour ne rien voir ? Il aurait pourtant dû se méfier, percevoir le danger. Même Sirius l'avait averti, inconsciemment soit, mais il avait vu le changement s’opérer en lui. Alors pourquoi n’avait-il pas pris ses propos comme une mise en garde ? Pourquoi s’était-il contenté de sourire ?

- Je te trouve bien… joyeux, en ce moment, avait brusquement lancé Sirius en s’affalant négligemment sur le siège jouxtant le sien. Non pas que le terme te définisse parfaitement… Tu n’as jamais été un gai-luron… mais tu traînes un drôle de sourire depuis quelques jours.

Tranquillement assis dans le lugubre salon des Black, Remus avait tourné un regard surpris vers son ami. Celui-ci l’observait avec une méfiance plus qu’exagérée et il s’était contenté de sourire.

- Tiens ! Le revoilà ! s’était alors écrié Sirius avant de brandir sa baguette.

Un bruit assourdissant s’était fait entendre et, dans un nuage de poussière, le lourd et imposant miroir accroché au mur était venu se planter devant Remus.

- Regarde !

Mi-amusé, mi-exaspéré, Lupin avait simplement repoussé la glace sans même jeter le moindre coup d’œil sur son reflet. Mais peut-être avait-il eu tort ?

Il ne s’était pas vu changer. Il n’avait rien remarqué de différent dans son comportement et les paroles de son meilleur ami ne l’avaient donc ni choqué, ni gêné.

Aurait-il vu ce fameux sourire, s’il avait pris la peine d’examiner son reflet ? En aurait-il tiré les conclusions qui s’imposaient ? Aurait-il alors pu prévoir la douleur lancinante qui irradiait dans sa poitrine ? Et quand bien même… cela aurait-il changé quelque chose ?

Oui, l’attention de Nymphadora Tonks l’avait rendu heureux et il venait à peine de s’en rendre compte. Pour la première fois depuis des années, il plaisait à une femme — une très jolie femme, pour ne rien gâcher — et il avait bêtement cru qu’il y resterait indifférent.

Mais voilà, elle étreignait un autre homme et la douleur dans sa poitrine lui prouvait combien il avait eu tort de penser cela. Combien il s’était montré imprudent.

Combien il était en danger, à présent.

Ce fut dans un état second que Lupin vit la jeune femme desserrer son étreinte et il recula machinalement dans l’ombre. Mais il ne fut pas assez rapide. Tonks venait de le voir et s’écartait de l’homme avec un empressement auquel il préféra ne pas donner de signification. Elle leva vivement la main vers lui et il fut donc contraint de les rejoindre. Chaque pas lui coûtait et malgré lui, son regard examina avec une attention qu’il jugea aussitôt méprisable, le visage de l’inconnu. Il lui apparut si douloureusement jeune, sain et beau que le nœud dans sa gorge se resserra.

- Remus ! Tu es là depuis longtemps ? demanda vivement Tonks.
- Non. Je viens d’arriver.

Il eut du mal à reconnaître la froideur de sa propre voix. L’homme lui souriait pourtant avec chaleur et en temps ordinaire, Lupin se serait montré tout aussi aimable mais il en fut brusquement incapable.

- Ah, bien ! Laisse-moi te présenter Colin, s’empressa de continuer la jeune femme. Nous avons fait nos classes ensemble. Il était juste venu me dire au revoir avant de partir prendre son nouveau poste à Edinburgh.

La lame acérée fichée dans son coeur se retira d’elle-même, laissant pourtant une plaie béante. Soit, il s’était apparemment mépris sur les liens unissant les deux jeunes gens mais la découverte qu’il venait de faire l’avait ébranlé.
La promptitude avec laquelle Tonks s’était expliquée avait cependant retenu l’attention de Colin qui observa Remus d’un œil nouveau. Le visage fermé de celui-ci sembla le conforter dans ses déductions.

- Ne vous faites pas de fausses idées, surtout ! Tonks est juste une amie.

Les joues de la jeune femme se colorèrent violemment.

- Cela ne me regarde pas, se contenta de dire Remus en se détournant.
- Ah ? … Vous n’êtes pas…

Colin reporta son attention sur Nymphadora et, découvrant son air embarrassé, grimaça un sourire d’excuse.

- Euh… désolé. C’est tout moi, de tirer des conclusions hâtives.

Lupin se garda bien de répondre, trop furieux contre lui-même de voir un parfait inconnu capable de lire si bien en lui. Pourquoi ne pouvait-il tout simplement pas sourire et hâter leur départ ? Cela semblait si simple à faire. Juste un sourire.
Mais il ne s’en sentait même pas la force.

Il ne vit donc pas le regard de Tonks détailler avec attention son visage fermé, et encore moins le fin sourire naître peu à peu sur ses lèvres. Elle se tourna finalement vers Colin et le rassura en pressant son bras d’une main ferme.

- Envoie-moi un hibou lorsque tu seras installé là-bas.
- Je le ferai, répondit le jeune homme. Bon courage, en tout cas.

Il avait lancé cette phrase en jetant un coup d’œil significatif à Remus et celui-ci sembla enfin reprendre ses esprits. Il abaissa son regard vers Colin, hocha la tête en signe de salut puis s’éloigna de quelques pas afin de leur laisser un peu d’intimité. Il avait à peine fait plusieurs mètres que l’homme s’empressait de lancer d’une voix étouffée :

- Sympa ton ami… Et il mord quand on s’approche trop près ?
- Chut ! Je t’assure qu’il n’est pas comme ça, d’habitude.

Ce furent les dernières paroles qu’il entendit. Le reste ne fut plus qu’un murmure.

Non, il n’était pas comme cela d’habitude. Mais d’habitude, il ne subissait pas cette avalanche d’émotions et de sentiments qu’il avait passé tant d’années à fuir. L’amitié lui suffisait. L’amitié était quelque chose en quoi il croyait. Elle lui était même nécessaire pour lui faire oublier ce qu’il se refusait à avoir.

Mais sa tranquillité venait de voler en éclat.

Il était attiré par Nymphadora Tonks.

- On peut y aller si tu as fini de rêvasser.

La voix de la jeune femme le tira de ses pensées. Colin était parti et Tonks levait vers lui un visage souriant. Elle arborait à présent de longs cheveux bruns, beaucoup plus discrets que ses habituelles boucles aux couleurs écarlates.

- Euh, oui… allons-y…

Et sans attendre un instant de plus, ils transplanèrent et rejoignirent le Chemin de Traverse. Comme toujours, un monde fou déambulait dans l’artère principale et le trajet jusqu'à l'Allée des Embrumes se fit dans un quasi silence. Nymphadora avait bien tenté d'alimenter la conversation mais les réponses monosyllabiques de Remus avaient eu raison de sa bonne volonté… pour l'instant.

De toute façon, la découverte qu’elle venait de faire méritait bien quelques minutes de réflexion. Après tout, elle commençait à désespérer. Certes, elle s’était jusque là montrée relativement subtile. Tout du moins, aussi subtile qu’il lui était possible de l’être et Remus n’avait pas semblé le moins du monde intéressé.

Jusqu’à aujourd’hui.

La froideur inhabituelle de Lupin envers Colin n’avait après tout qu’une explication possible. Lui, toujours si aimable, toujours si enclin à se montrer accueillant envers les nouvelles personnes qu’on lui présentait, n’avait qu’une raison de se montrer soudain si distant...

La jalousie.

Tonks laissa le sourire qu’elle tentait par tous les moyens de réfréner, éclairer enfin son visage. Elle baissa vivement la tête afin de le cacher mais l’euphorie qui l’habitait était bien trop grande pour qu’elle puisse plus longtemps rester de marbre.

Elle jeta un bref coup d’œil à l’homme silencieux, marchant à ses côtés. Remus avait relevé le col usé de son manteau, cachant en partie son visage, mais son regard alerte fouillait discrètement la foule présente sur le Chemin de Traverse. Au premier abord, son expression si grave ne semblait guère différente de celle qu’il arborait ordinairement mais Tonks avait passé des semaines à observer son comportement et ses habitudes. Aussi pouvait-elle affirmer sans crainte de se tromper qu’il était à l’heure actuelle de méchante humeur. Peut-être se reprochait-il son propre comportement envers Colin ? Ou peut-être craignait-il de s’être montré trop transparent ?

Tonks sourit de nouveau et se détourna. Quelques secondes plus tard, ils rejoignirent enfin les abords de l’Allée des Embrumes et l’atmosphère changea aussitôt. La foule était moins dense, moins bruyante, moins colorée. Répugnant presque de se trouver là, chacun vaquait à ses occupations tête baissée, avec une hâte suspecte. Des vapeurs épaisses et noirâtres s’échappaient d’échoppes bordant les ruelles et assombrissaient l’atmosphère déjà sinistre des lieux.

Tonks rajusta machinalement sa cape.

Dumbledore leur avait demandé de faire un tour dans l’Allée des Embrumes afin de s'assurer qu'il n'y avait pas d'activités plus frauduleuses que d'ordinaire. Tout en marchant silencieusement dans la rue, ils observèrent donc avec attention les visages des sorciers qu'ils croisaient, cherchant à identifier un éventuel Mangemort ou tentant de saisir des bribes de conversations.

Mais après quelques longues minutes d’une recherche infructueuse, Tonks engagea de nouveau la discussion.

- Tu comptes faire longtemps ton Sirius ?

Les sourcils de Remus se haussèrent et il se tourna vers la jeune femme.

- Excuse-moi ? dit-il, surpris.
- Bougonner, être désagréable, tu vois ?
- Je suis toujours comme ça.

Sa voix était froide, distante et Tonks secoua la tête.

- Non, non non. Taciturne, silencieux, ok. Mais là, j'ai vraiment l'impression de parler à un Sirius des mauvais jours… en moins agressif, je te l'accorde, ajouta la jeune femme devant le regard sceptique de Lupin.
- On a tous nos mauvais jours et puis, tu supportes très bien ton cousin, il me semble, répondit-il plus doucement, cherchant apparemment à retrouver un semblant d’amabilité.
- Oui, à petites doses ! Et je ne vis pas avec lui…
- Ni avec moi.
- C'est un reproche ? Sinon, ça peut s'arranger tu sais, lança-t-elle négligemment.

Remus ralentit et lorsque Tonks leva les yeux vers lui, elle croisa son regard stupéfait. Il se détourna aussitôt mais dut attendre quelques secondes avant de retrouver l’usage de la parole.

- Euh… ce n'est ... balbutia-t-il, ses joues se colorant d’embarras.

Devant l’incapacité de Lupin à s’exprimer davantage, Nymphadora comprit qu'elle était peut-être allée trop loin, et elle enchaîna aussitôt :

- Tu as raison ! Ne brûlons pas les étapes… Invite-moi à dîner, ça sera un bon début, conclut-elle en souriant.

Elle dut attendre encore quelques secondes pour obtenir une réponse.

- Je ne pense pas que cela soit le moment idéal, répondit posément Remus, les joues toujours empourprées.
- Non bien sûr, cela va de soi ! acquiesça-t-elle vivement avant de lancer : … Ce soir ?

Elle le vit ciller puis rajuster inutilement le col de sa cape afin de cacher son visage mais il resta silencieux.

- Demain alors ? insista-t-elle. Je connais une petite taverne bien …

Un grognement agacé la fit taire puis elle se sentit poussée sans douceur dans l’une des petites ruelles désertes de l’Allée des Embrumes. Ainsi molestée, elle voulut protester mais l’idée de se trouver seule avec Remus dans un coin sombre lui fit fermer hâtivement la bouche.

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Eichi Kytsuya




MessageSujet: Re: "Lunard" by Hito   Jeu 4 Déc - 23:34

- Ecoute-moi, s'il te plait, dit-il avec un sérieux qui la fit sourire malgré elle. Avec tout ce qui arrive en ce moment …
- Justement ! Faut bien se détendre un peu !
- Nymphadora... je suis navré, je ne peux pas…

Sa voix était lasse, presque amère et la jeune femme fronça les sourcils, inquiète.

- "Tu ne peux pas" ? Tu veux dire … "techniquement" ?

Le visage de Remus sembla osciller entre incrédulité et exaspération mais un sourire amusé vint finalement détendre ses traits fatigués.

- Tu veux bien me laisser finir mes phrases ? Ca t'éviterait de tout comprendre de travers.

Tonks laissa échapper un soupir de soulagement puis redressa finalement la tête, souriante.

- Bien, puisque le matériel fonctionne, alors…
- Alors là n'est pas le problème… la coupa-t-il.
- Quoi ? Tu préfères poilus ?

Remus devint si pâle qu’elle crut être allée trop loin dans la plaisanterie mais lorsqu’il leva vivement les yeux vers elle et découvrit le nouvel aspect qu’elle avait revêtu, un fin sourire se dessina sur ses lèvres. Il faisait à présent face à un homme à l'allure massive, au regard moqueur et la barbe bien fournie.

- Ton sens de l'humour me surprendra toujours, commenta-t-il en soupirant.
- N'est ce pas ? dit-elle fièrement. Bien, maintenant que nous sommes fixés sur tes préférences…
- Tu ne vas recommencer ! s’exclama-t-il, exaspéré.
- Je n'ai pas souvenir d'avoir arrêté.

Elle lui lança un sourire éblouissant.

- Nymphadora… ça suffit. On a une mission à remplir, tu te souviens ? lâcha-t-il en désespoir de cause.

La jeune femme sentit aussitôt la moutarde lui monter au nez.

Elle ne comprenait pas… Elle lui plaisait, oui ou non ? Elle ne s’était pourtant pas trompée tout à l’heure. Il s’était bien montré jaloux !

- C'est moi… c'est ça ? demanda-t-elle brusquement.

Remus se contenta de l’observer avec perplexité et elle enchaîna.

- Je ne suis pas assez sexy à ton goût ? Je peux arranger ça tu sais, regarde !

Et l'homme massif se transforma en une blonde pulpeuse et sexy à souhait. Une main posée négligemment sur sa hanche, elle s'avança vers Remus dans une attitude dénuée d'équivoque et glissa lentement ses bras autour de sa nuque. Elle avait cru qu’il éviterait cette étreinte comme il évitait tout sujet un peu trop osé mais il n’avait fait aucun geste pour s’esquiver et Tonks se troubla. Elle n’avait pas prévu cette situation. Elle ne s’y était pas préparée et voir le visage de Remus si proche, sentir son parfum ambré, la plongea dans un état proche de l’apathie. Ses jambes se mirent à vaciller et son corps s’affaissa lentement contre celui de Lupin. Ce dernier ne bougea pourtant pas, la mâchoire crispée, le regard lointain.

Les yeux levés vers lui, Nymphadora observa avec une agitation grandissante les muscles de sa mâchoire rouler sous sa peau et une envie irrésistible de l’embrasser la saisit. Elle sentait à présent sa chaleur à travers leurs épais vêtements, elle voyait la lutte sur son visage pâle et contracté.

Qu’est-ce qui le troublait le plus ? Le physique avantageux qu’elle avait pris… ou la proximité de leurs deux corps ?

Décidée à saisir sa chance, la jeune femme resserra son étreinte et son cœur s’affola lorsque Remus leva enfin les mains vers elle. Mais il se contenta de se saisir fermement de ses poignets afin de se dégager.

- Tu fais fausse route… Tu n'es pas en cause.

Il avait dit ces mots avec tant de douceur et de sincérité qu’elle ne put se sentir vexée par ce refus. Quelles que fussent ses raisons, elles n’avaient rien à voir avec elle et Tonks jugea préférable de lui laisser un peu de répit. Mais elle finirait par avoir le dernier mot… et son invitation !

- C'est bon, je comprends… acquiesça-t-elle, tentant de retrouver un rythme cardiaque à peu près acceptable.

Remus prit le temps d’observer son visage, certainement afin de s’assurer qu’il n’y avait aucun malentendu puis lui sourit enfin, soulagé.

- Rentrons.

Sortant de la petite ruelle, ils remontèrent lentement l'Allée des Embrumes et parvinrent bientôt sur le Chemin de traverse.

- Je te retrouve chez Sirius, j'ai une course à faire, expliqua Lupin.
- D'accord. Ce fut un plaisir de bavarder avec toi… Et la prochaine fois, emmène ton agenda, lâcha-t-elle tout sourire.

Elle eut juste le temps de voir les épaules de Remus s’affaisser d’exaspération avant de transplaner. Que croyait-il ? Qu’elle allait abandonner si vite ? C’était très mal la connaître !



*****************



La réunion avait commencé depuis quelques minutes déjà et l’absence de Tonks commençait à inquiéter Remus. Il avait jugé préférable de s’éloigner de la jeune femme après leur tête à tête dans l’Allée des Embrumes et s’était donc attendu à arriver le dernier chez Sirius. Or, elle n’était toujours pas là.

Ce n’était pourtant pas inhabituel. Nymphadora n’était pas réputée pour sa ponctualité et la réunion avait donc commencé sans tenir compte de son absence. Lupin n’écouta que d’une oreille le rapport d’Arthur Weasley et son regard fit le tour de la table. Sirius était affalé sur sa chaise, la mine aussi sombre que de coutume et Remus se sentit désolé pour lui. Plus que n’importe qui ici, il savait combien l’inactivité et le confinement pouvait coûter à son ami. Pour couronner le tout, Severus Rogue ne cessait de lancer des regards dédaigneux de son côté et il voyait le visage de Sirius se crisper à mesure que la réunion avançait.

Arthur Weasley finit par laisser sa place à Minerva McGonagall qui exposa succinctement à Dumbledore les résultats de ses quelques recherches, et Remus jeta un bref coup d’œil à la porte toujours fermée de la cuisine du 12 Square Grimmaurd.

Il avait du mal à se concentrer aujourd’hui. Il avait du mal à sortir de son esprit ce qui s’était passé près d’une heure et demie auparavant.

Jusqu’ici, il n’avait eu que quelques doutes sur l’intérêt que lui portait Tonks. Certes, elle le trouvait séduisant mais jamais il n’aurait pu imaginer qu’elle tenterait un rapprochement.

Un rapprochement…

L’espace d’un instant, il revit son visage à quelques centimètres de lui, il ressentit la chaleur de son corps contre le sien et ses joues se colorèrent malgré lui.

Il devait reconnaître, non sans agacement, que seul l’aspect physique qu’elle avait revêtu, lui avait permis de garder son sang froid. Il avait juste dû faire abstraction de son parfum et détourné les yeux de son visage familier. L’archétype de la blonde pulpeuse et sans caractère avait fait le reste.

Mais que se serait-il passé si elle s’était jetée dans ses bras sans artifices ? Il revivait avec une certaine honte sa passivité et avait béni son flegme naturel qui lui avait fait garder un calme relatif. Hélas, Tonks semblait décidée à renouveler ses avances et il ne se sentait absolument pas près à revivre ce qui s’était passé aujourd’hui même. Il devait par tous les moyens empêcher une telle intimité.

Après tout, elle ne savait rien de lui. Elle ne connaissait que ce qu’il avait accepté de lui montrer. Peu de chose, au final. Cependant, en y réfléchissant, lui révéler son secret aurait été le meilleur moyen pour lui de la tenir éloignée de sa vie. Et pourtant…

Il ne voulait pas qu’elle sache.

Remus soupira.

Il se sentait méprisable. Et partagé. Sa raison ne voulait pas de Nymphadora mais le reste…

Il se souvenait encore de la douleur, de la terreur ressentie lorsqu’il avait cru son secret découvert.

« Quoi ? Tu préfères poilus ? »

Cette phrase ridicule l’avait mis dans un état indescriptible. L’idée de la savoir au fait de sa nature hybride l’avait rendu malade. Alors non.

Il ne voulait pas qu’elle sache.

Un coup de coude discret de son voisin de droite le tira de ses pensées et Remus redressa la tête. Sirius l’observait avec perplexité et Lupin réalisa que la réunion était déjà terminée en voyant Dumbledore, Arthur et Minerva discuter tranquillement à l’autre bout de la table.

- Ca va ? demanda Black.
- Oui. Désolé, je suis un peu fatigué.
- La pleine lune est dans combien de temps, déjà ?
- Dans un peu plus de deux semaines.
- En parlant de tes problèmes de poils, intervint Severus d’une voix emplie de dérision, j’ai quelque chose pour toi.

Il fouilla dans la poche de sa robe et en sortit une petite fiole.

- J’espère que tu apprécies à sa juste valeur le temps que je passe à préparer cette potion… étonnamment efficace d’ailleurs, tu ne trouves pas, Lupin ?
- Laisse-le tranquille, grommela Sirius avant que Remus ait eu le temps de répondre.
- Qui mieux que notre Monsieur-crocs-acérés pourrait attester de son efficacité ?

Lupin connaissait suffisamment Rogue pour savoir que le silence était finalement la meilleure arme face à ses sarcasmes… mais c’était sans compter la loyauté de Sirius qui partait en guerre dès qu’on s’attaquait à un ami.

- Ne recommence pas, répliqua-t-il sèchement, la mâchoire crispée.
- Quoi ? Tu devrais m’être reconnaissant, Black ! Depuis le temps que j’aide ton acolyte…

On aurait pu croire à un jeu, s’il n’était de notoriété publique que Rogue et Sirius se haïssaient plus que tout. Chaque mois, cette scène semblait se répéter et chaque mois, les deux hommes en venaient presque aux mains. Remus se contentait de les écouter, sachant parfaitement qu’intervenir ne servirait à rien, hormis rendre plus incisives les remarques de Severus.

Pourtant, ce soir, Lupin sentit son corps se raidir sur sa chaise. Un bruit venait de se faire entendre dans le hall d’entrée du 12 Square Grimmaurd. Un bruit suivi d’un juron étouffé puis de :

- VERMINE, MISERABLE SANG-MELE ! COMMENT OSES-TU PENETRER DANS LA DEMEURE DES BLACK ! VA-T-EN, GUEUSE ! IMPERTINENTE! MALAPPRISE !

Remus blêmit. Tonks venait d’arriver mais, indifférent aux hurlements de Mrs Black, Rogue poursuivait d’une voix pleine d’ironie :

- Après tout… il n'est qu'à un poil de devenir un assassin.
- Tais-toi maintenant ! cracha Sirius, parfaitement conscient qu’à tout instant la jeune femme pouvait entrer dans la cuisine et surprendre leur conversation.

Mais loin de l’arrêter, cette perspective sembla amuser Rogue et un sourire cruel étira bientôt ses lèvres pâles.

- Sans moi, il se cacherait dans les bois et hurlerait à la lune, attendant la venue du premier innocent pour y planter ses crocs ! railla-t-il.
- Ferme-la ! rugit Sirius, plongeant la main dans la poche de sa robe, à la recherche de sa baguette.

Remus se leva aussitôt et s’interposa entre les deux hommes. Le regard haineux de son ami n’annonçait rien de bon et Lupin voulait à tout pris mettre un terme à tout cela avant l’arrivée de Tonks. La voix colérique de Mrs Black continuait d’insulter la jeune femme qui tentait de la faire taire en rouspétant plus fort encore.

- STUPEFIX ! ... RAAAAH, VIEILLE FOLLE ! ARRETE DE TE CACHER ! STUPEFIX !
- COMMENT OSES-TU ? COMMENT OSES-TU ATTAQUER LA MAITRESSE DE CETTE MAISON ! SORS D’ICI TOUT DE SUITE ! POUILLEUSE ! MAUDITE !

La main tremblante, Remus se saisit de la fiole que tenait toujours fermement Rogue.

- Merci Severus, dit-il le plus posément possible, attendant que celui-ci relâche la pression de ses doigts autour de la petite bouteille.

Mais Rogue avait dû sentir sa peur car ses yeux noirs se firent perçants.

- Je me suis toujours demandé ce que ceux de ton espèce préféraient…

Un silence dramatique régnait à présent dans le couloir et Remus sentit une sueur froide glisser lentement le long de sa colonne vertébrale. Sirius s’était également levé, sa baguette dirigée vers Rogue.

- … Les adultes ou les jeunes enfants à la chair tendre ? susurra ce dernier distinctement.
- Severus !

La voix sèche et implacable de Dumbledore claqua dans le silence et un grincement léger appris à Remus que la porte de la cuisine venait de s’ouvrir. Les doigts de Rogue se relâchèrent et Lupin récupéra vivement la petite fiole qu’il fit disparaître dans l’une des poches de son pantalon. Il eut juste le temps de se détourner avant que Tonks ne franchisse le seuil de la porte.

Dans un état second, Remus s’éloigna de l’entrée, mettant le plus de distance possible entre la jeune femme et lui. Il ignorait ce qu'elle avait entendu mais dans le doute, il se sentait incapable de lui faire face. L’idée de lire dans son regard au mieux de la pitié, au pire du dégoût le terrifiait. Cherchant à retrouver un semblant de sang froid, il tenta de discipliner sa respiration pour le moins anarchique mais la peur d'avoir été découvert lui vrillait l'estomac. Le court moment de silence qui précéda l'arrivée de la jeune femme lui parut durer une éternité. Et contre toute attente, ce fut la voix de Sirius qui s'éleva.

- Tonks ! Tu t'es souvenue qu'on avait une réunion ? lança-t-il.
- J'ai été retenue, désolée.
- Minerva vous fera un compte rendu. Je mangerai bien un petit quelque chose, ajouta Dumbledore à l'attention de Molly.

Celle-ci se leva prestement et Nymphadora fut enjointe à s’asseoir aux côté de McGonagall. Sans perdre un instant, Minerva entreprit de lui exposer les dernières nouvelles, lui ôtant ainsi toute possibilité de s'enquérir, dans l'immédiat, de ce qui venait de se passer avec Rogue.

L'ambiance, pourtant à couper au couteau à son arrivée, se réchauffa un peu et les discussions reprirent entre les membres de l'Ordre. Seul Remus restait à l'écart. Les mains dans les poches, le dos vouté, il semblait ployer sous un poids immense et Tonks se demanda jusqu’à quel point il avait pris part à l'altercation avec Rogue. Pourtant, Lupin était plus connu pour son caractère flegmatique qu’emporté et elle l’imaginait très mal entrer en conflit sciemment.

Or, si la voix de Dumbledore lui était parvenue clairement lorsqu'il avait remis Severus en place, il n'en allait pas de même pour Rogue. Son ton lui avait semblé sarcastique mais, à travers la porte fermée de la cuisine, elle n’avait pu saisir avec exactitude ses propos.

Pendant toute la durée du compte rendu, Tonks jeta de fréquents coups d’œil vers Remus, cherchant à capter son regard, mais il restait obstinément détourné. Au bout de quelques minutes, cependant, Sirius l’interpela et il rejoignit sa place autour de la table. Lorsque McGonagall termina enfin son rapport — rapport que Tonks n’avait écouté qu’en partie - Minerva se leva et rejoignit Dumbledore pour mettre au point les derniers préparatifs de la prochaine mission.

La jeune femme se retrouva donc seule et observa ses compagnons. Placés en bout de table, Sirius discutait à voix basse avec Remus, plus pâle que jamais. Les traits tirés, il paraissait nerveux et Tonks crut remarquer qu'il évitait de croiser son regard.

L'impression qu'il s'était passé, juste avant son arrivée, quelque chose d'important et qu'on la laissait délibérément à l'écart s'intensifia.

Dumbledore n'avait pas l'habitude de hausser la voix et encore moins contre un membre de l'Ordre. Le ton sec et sans appel qu'il avait employé l'avait surprise. Il fallait vraiment que Rogue ait dépassé les bornes. Qu'avait-il dit ou fait pour susciter la réaction de Dumbledore ? Pourquoi Sirius était en colère? Pour quelle raison Lupin était si… nerveux… inquiet ?

L’intuition que Remus était directement concerné lui vint naturellement à l’esprit. Ce n’était pas la première fois qu’elle sentait qu’on lui cachait quelque chose. Un secret semblait planer autour de lui. Ses absences parfois inexpliquées n’étaient guère surprenantes compte tenu des circonstances. Dumbledore gardait le silence concernant certaines missions et personne n’avait rien à y redire. En revanche, il était plus que suspect de voir Sirius et Molly se contredire.

« Lunard surveille les Malefoy. »
« Remus est parti faire une course pour Dumbledore. Il ne reviendra pas avant demain. »

Tonks ignorait qu’il avait le don d’ubiquité !

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Sumiko Imai




MessageSujet: Re: "Lunard" by Hito   Mar 23 Déc - 15:32

Génial, trop bien j'adore quand est-ce que tu nous mets la suite??
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Eichi Kytsuya




MessageSujet: Re: "Lunard" by Hito   Mar 23 Déc - 20:03

Les jours suivants, bien que fort occupée par l'Ordre, Tonks ne put s'empêcher de ressasser la scène à laquelle elle avait assistée malgré elle dans la cuisine. Elle aurait aimé en parler directement avec Remus, mais ce dernier semblait vouloir l'éviter et y parvenait merveilleusement bien… elle ne l'avait pas croisé une seule fois depuis !
Ses préoccupations furent cependant bien vite reléguées au second plan lorsqu'elle apprit, au cours d'une mission, qu'Arthur Weasley avait été grièvement blessé. Elle fut autorisée à abandonner temporairement son poste et se rendit aussitôt à Ste Mangouste pour prendre des nouvelles.

Compte tenue de l’heure plus que tardive, l’hôpital était relativement silencieux et ses pas précipités résonnaient dans le couloir désert. Tonks se contraignit donc à marcher sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller les malades assoupis dans leurs chambres. On ne lui avait pas précisé la nature des blessures d’Arthur mais elle revoyait avec angoisse la gravité peinte sur le visage de l’Auror venu la remplacer.

- … Grièvement blessé ? Comment cela ?
- Il est entre la vie et la mort.

Elle n’avait pas attendu un mot de plus et avait aussitôt transplané.

Tonks connaissait les Weasley depuis plusieurs années maintenant. Elle avait fait ses études à la même époque que Charlie et, sans évoluer dans le même cercle d’amis, ils avaient toutefois eu l’occasion de rencontrer leurs familles respectives.
Et puis l’Ordre avait revu le jour et depuis, elle les côtoyait quotidiennement.

Pleine d’appréhension, la jeune femme tourna à l’angle du couloir suivant et découvrit la haute et mince silhouette de Remus. Malgré ses peurs, Tonks en ressentit un profond réconfort.

- Comment va-t-il ? demanda-t-elle, en guise de salut.

Un fin sourire détendit les lèvres de Lupin.

- Il va s'en sortir, tout va bien. Molly est avec lui.

Seule l’adrénaline lui avait permis de rester sur ses pieds et maintenant que la tension s’évanouissait, Tonks se sentit vaciller. Elle s’effondra lourdement sur l’une des chaises présentes dans le couloir et Remus prit place à ses cotés.

- Leurs enfants sont prévenus ? demanda-t-elle au bout de quelques secondes de silence.
- Oui. Enfin, ils sont au courant pour l'attaque mais ils n'en savent pas plus. Si l'état d'Arthur le permet, il faudra penser à organiser une escorte pour les amener auprès de lui demain dans la journée. Je doute que Molly y ait pensé.

La jeune femme leva les yeux vers le visage indéchiffrable de Remus et proposa :

- On pourrait s’en charger tous les deux... ?

Le regard de Lupin, qui semblait hypnotisé par une fissure présente sur l’un des murs du couloir, vint se poser sur le manteau de Molly Weasley à côté de lui.

- Je ne peux pas, je suis désolé. J’ai une mission en cours et je ne peux m’absenter davantage.

L’excuse était parfaite. Tonks elle-même aurait pu en prétexter une similaire. Mais l’obstination avec laquelle Remus évitait son regard fit soupirer la jeune femme.

- Je sais que le moment est mal choisi mais j'ai la désagréable impression que tu cherches à m'éviter…
- Pas du tout, répondit-il aussitôt, comme s’il s’était attendu à une telle remarque. Tu fais fausse route.
- Ah bon ? Cela fait pourtant des jours que je ne t’ai pas croisé !
- J’ai juste beaucoup à faire, tout comme toi, d’ailleurs.
- Oui, mais moi j’aurai bien pris cinq minutes si tu m’en avais laissé l’occasion. Juste pour te parler.

Le regard de Remus se posa de nouveau sur la fissure et Tonks soupira.

- Tu sais… prendre des nouvelles, comme le font les gens normaux quand ils s’entendent bien, insista-t-elle.
- Tu as de mes nouvelles par Sirius...

La voix rauque de Lupin faiblit légèrement et il s’agita nerveusement sur sa chaise.

- C’est différent, lâcha Nymphadora.
- Le résultat est pourtant le même.

Tonks observa le profil figé de Remus. Si elle n’avait pas vu quelques secondes auparavant le tremblement léger de ses mains avant qu’il ne les cachât dans son pantalon, elle aurait pu le croire indifférent.

A quoi jouait-il, au juste ?

- Tu fais exprès de ne pas comprendre ? s’emporta-t-elle. J’ai envie de te voir toi !

Une légère rougeur apparut sur les joues de Lupin.

- Tu avais raison, le moment est mal choisi, répliqua-t-il avec raideur.

Ainsi mouchée, la jeune femme ne se laissa pourtant pas démonter :

- Bien au contraire ! La vie est trop courte alors je ne vois vraiment pas pourquoi tu fais tant de chichi ! Qu’est-ce qui t’arrête ?

Des cris s'élevèrent au même instant dans le couloir silencieux, empêchant Lupin de lui répondre et, à en juger par le soulagement peint sur son visage, nul doute que cela l’arrangeait bien.

Un éclat de lumière fit luire un bref instant les murs du couloir et les hurlements cessèrent aussitôt. Seul le bruit de pas précipités leur parvenait à présent. Quelques secondes plus tard, plusieurs guérisseurs poussant une civière flottante surgirent devant eux. Ficelé de la tête aux pieds, un homme y était allongé et s’agitait en tout sens afin de se libérer. Sa bouche s’ouvrait en grand sans que le moindre son ne parvienne à s’en échapper, lui donnant l’aspect d’une carpe tout droit sortie de l’eau.

- Désolé, mais vous ne nous avez pas laissé le choix ! grommela l’un des guérisseurs afin de justifier l’emploi d’un sort de mutisme sur le patient récalcitrant. Non mais regardez-moi ça !

L’homme en blouse blanche souleva l’un des nombreux pansements recouvrant une blessure à l’aspect inquiétant. Il secoua la tête avec exaspération et tous s’arrêtèrent devant la porte de la chambre d’Arthur Weasley.

- On n'attend pas deux semaines pour se faire soigner quand on a été attaqué par un Loup-garou ! C'est de l'inconscience … pour lui et pour les autres ! grogna-t-il, prenant à témoin l’un de ses collègues.
- Elles se sont infectées… soupira celui-ci.
- Bien sûr qu’elles se sont infectées !

Il se pencha vers le patient qui continuait de gesticuler.

- Qu’est-ce que vous espériez ? Qu’en ne faisant rien, tout cela ne serait rien de plus qu’un mauvais rêve ? Désolé mais ça ne marche pas comme ça !

Lupin avait blêmi en découvrant les blessures de l’homme allongé sur la civière. Il n’avait pas eu besoin d’attendre confirmation du guérisseur pour savoir ce qui était responsable de telles plaies et il savait également que le blessé survivrait. Morsures infectées ou pas, il en fallait bien plus pour tuer un Loup-garou.

Sans cesser de maugréer des recommandations à prendre en compte lors des prochaines nuits de Pleine Lune, les guérisseurs firent entrer la civière dans la chambre qu’occupait déjà Arthur Weasley et Remus se tourna vers Tonks. Celle-ci observait la scène sans réel intérêt bien qu’avec une certaine pitié. Ce n’était bien évidemment pas la première fois qu’elle faisait face à un Loup-garou. De part son statut d’Auror, elle y avait déjà été confrontée les nuits de Pleine Lune. Mais Remus ne pouvait s’empêcher de chercher à analyser la moindre petite expression susceptible de lui indiquer ce qui se passait en ce moment même dans l’esprit de la jeune femme.

Bien sûr, son regard perçant ne passa pas inaperçu et Tonks se tourna finalement vers lui.

- Et maintenant, une fois par mois, ce brave homme n'aura plus qu'en tête de croquer le premier venu…, soupira la jeune femme. Il aurait mieux valu qu'il ne s'en sorte pas. Ce n'est pas une vie, ça !

Remus sentit son cœur se déchirer.

« Il aurait mieux valu qu’il ne s’en sorte pas. »

Aux yeux de Tonks, la mort était préférable à sa nature hybride. Sa vie ne méritait donc pas d’être vécue…
Depuis ce jour tragique où Fenrir Greyback l’avait contaminé, Lupin avait bien souvent maudis sa condition mais jamais jusqu’ici celle-ci ne lui avait autant fait horreur.

« Ce n’est pas une vie, ça ! »

Non, ce n’était pas une vie. Et pourtant il survivait et jusqu’ici, il y parvenait relativement bien. Il aurait aimé lui dire qu’être un Loup-garou n'était pas une fin en soi. Qu'on pouvait vivre normalement… enfin presque. Qu'on ne devenait pas insensible, qu'on pouvait aimer… souffrir.

Mais qu’importait, tout cela ? Sans le savoir, Tonks venait de le confronter à la réalité.

Elle ne voulait pas d’une vie comme ça.

Alors bien sûr, peut-être tiendrait-elle un discours tout à fait différent en apprenant sa véritable nature. Mais jamais il ne pourrait oublier cet instant où, sans tenir compte d’émotion ou sentiments divers, elle avait dit ces quelques mots :

« Ce n’est pas une vie, ça ! »

Non, ce n’était pas une vie. Ce n’était pas une vie pour elle.

- Ca va ? s'enquit la jeune femme face à son silence et la pâleur de son visage.

Remus acquiesça machinalement, la gorge si serrée qu’il eut du mal à articuler :

- Euh… oui, je suis juste inquiet pour Arthur.
- Mais tout va bien, maintenant, le rassura-t-elle aussitôt en souriant. C'est une chance qu'on l'ait trouvé aussi rapidement.

Lupin acquiesça de nouveau mais resta silencieux. Il n’avait plus qu’une envie. S’enfuir.

Il avait besoin de s’éloigner d’elle, de mettre le plus de distance possible. Devoir supporter ses avances était au-dessus de ses forces.

Remus se levait déjà lorsque la porte de la chambre s'ouvrit, faisant apparaître Molly. Le visage pâle, les traits tirés, elle sourit en les découvrant dans le couloir. Ses yeux étaient rouge d’avoir trop pleuré mais brillants de soulagement.

- Ca va aller, dit-elle aussitôt. Il doit se reposer mais ça va aller. Il m'en fait voir celui-là ! ajouta-elle faussement fâchée.

Lupin se contenta de lui répondre d’un sourire figé. Il était heureux, profondément heureux pour Arthur et cependant, jamais il ne s’était senti aussi mal de toute sa vie.

- On peut le voir ? demanda Tonks avec entrain.
- Il s’est assoupi. Il vaudrait mieux le laisser dormir. Je vais rejoindre les enfants pour les rassurer, ils doivent être morts d'inquiétude.
- Je passerai demain chez Sirius pour les escorter jusqu’ici. Maugrey voudra sûrement venir avec nous.
- … Oh… Oui, merci Tonks, acquiesça Molly. C’est vrai… il faudra les conduire à Ste Mangouste.

Mrs Weasley prit son manteau d’une main tremblante.

- Je suis encore un peu secouée. Je n’y avais même pas songé…

Elle se tut, un sourire embarrassé sur les lèvres. Nymphadora lui pressa gentiment l’épaule puis l’aida à revêtir le lourd vêtement.

- Ca va aller pour transplaner ?
- Oui, oui, merci. Et merci d’être venus ce soir.

Molly leva des yeux larmoyants vers eux.

- Tous les deux, finit-elle en reniflant.
- C’est normal ! répondit Tonks. Nous étions très inquiets ! Mais tout va pour le mieux maintenant ! Vous feriez bien de rentrer rassurer les enfants !
- C’est vrai… ils doivent être morts d’inquiétude, répéta Mrs Weasley avant de se tourner vers Remus. Tu ne viens pas ?
- Non, désolé. Je dois reprendre ma surveillance.

C’était une fausse excuse mais s’il retournait au 12 Square Grimmaurd pour la nuit, Tonks viendrait immanquablement avec eux et sa présence à ses côtés étaient la dernière chose qu’il lui fallait.

- Sortons d’ici, dit-il doucement.

Nymphadora et lui guidèrent Molly jusqu’aux portes de Ste Mangouste et Lupin regarda Mrs Weasley disparaître dans un « crac » familier non sans une certaine appréhension. L’idée de se retrouver de nouveau seul avec la jeune femme le rendait plus nerveux que jamais, en particulier si elle tenait à reprendre la discussion là où elle s’était interrompue… Aussi s’empressa-t-il de lancer :

- A bientôt, Nymphadora.
- Attends… tenta-t-elle de le retenir.

Mais il avait déjà transplané.



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MessageSujet: Re: "Lunard" by Hito   Mar 23 Déc - 20:04

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La fin d’année approchant, le repaire de l’Ordre avait pris des airs festifs. Sirius avait poussé les enfants à décorer la maison pour lui redonner un aspect plus chaleureux. Des boules multicolores flottaient dans les airs et scintillaient de mille feux. Des guirlandes ornaient les murs et Molly avait préparé des décoctions qui répandaient dans l’air des odeurs de sapin et de pain d’épices. Sirius le premier avait mis la main à la pâte, en créant une ambiance enneigée dans le couloir qui menait à la cuisine. Tous semblaient avoir voulu effacer l’angoisse des derniers jours en s’attelant aux préparatifs de Noël et des chants, entrecoupés d’éclats de rire, avaient rythmé les journées.

La soirée de Noël s’était donc passée dans la bonne humeur même s’ils regrettaient l’absence de Monsieur Weasley, encore à Sainte Mangouste, et de Lupin, qui fuyait toujours Tonks. Ils avaient alors décidé à l’unanimité de se rattraper lors de la soirée du Nouvel an puisque Arthur serait enfin rentré et Remus obligatoirement présent. La pleine lune approchait à grands pas et il était hors de question qu’il erre comme une âme en peine le soir de sa transformation. Il aurait bien sûr pu se cacher ailleurs qu’au 12 square Grimmaurd, mais c’était sans compter l’avis bien arrêté de Sirius à ce sujet.

- T’as pas l’air en forme, mon vieux ! lui lança Black, en entrant dans la chambre de son ami après y avoir été invité.

En cette soirée de réveillon, Remus était assis sur son lit, revenant tout juste d’une mission particulièrement longue et épuisante.

- C’est ma mauvaise période, soupira-t-il en passant une main lasse sur sa nuque.

Un sourire amusé détendit les lèvres de Sirius.

- Tu sais que ça fait assez… féminin cette façon de dire les choses ?
- Très amusant… maugréa Remus, lui jetant un regard noir.

Mais le sourire de Black s’accentua.

- Allez, ne boude pas ! Je te tiendrai compagnie ce soir.
- Ce n’est pas utile, je vais trouver un endroit tranquille. Je ne veux pas gâcher l’ambiance.
- Tu plaisantes ? s’exclama aussitôt Sirius. Il en est hors de question ! Tu vas rester ici.

Remus soupira. Il s’était préparé aux objections de son meilleur ami. Ça n’aurait pas été Patmol s’il ne lui avait pas tenu tête pour lui imposer une situation qui finalement était la meilleure pour tout le monde…

Sauf…

- Non, tu as bien mérité de t’amuser un peu. Je n’ai aucune envie de te voir traîner dans mes pattes alors qu’en bas tout le monde fera la fête.

Mais Sirius s’était déjà planté devant lui, un doigt pointé sous son nez.

- Tu arrêtes ça tout de suite ! Tu m’entends ? Ca fait des années qu’on n’a pas fêté le Nouvel an ensemble, alors il est hors de question que tu en réchappes à cause de ce stupide problème de poil !

Remus ouvrait déjà la bouche pour rétorquer mais Sirius n’avait apparemment pas fini :

- Et je suis plus têtu que toi, alors tu n’auras pas le dernier mot. Tu restes ici, point final.

Lupin soupira.

A quoi s’était-il donc attendu avec une excuse aussi ridicule ? Et puis pourquoi cacher ses véritables raisons à Patmol ? S’il voulait l’avoir de son côté, il n’avait qu’à lui dire la vérité.

Du moins, en partie.

- Ecoute… commença-t-il avec embarras. Je n’ai pas envie que certaines personnes découvrent mon « problème ».

Sirius haussa les sourcils et vint s’asseoir sur le lit à côté de lui.

- Tu parles de Tonks ?
- Oui.
- Tu ferais mieux de lui dire, assura aussitôt Black. C’est une grande fille, tu sais, et en plus elle est Auror. Alors ce ne sont pas quelques poils qui vont l’effrayer.

Pour une raison qu’il ignorait, Remus sentit son cœur battre brusquement plus vite et ses joues se colorer. Il se leva aussitôt et fit quelques pas dans la pièce afin de cacher son visage traîtreusement empourpré.

- Je ne veux pas qu’elle sache, dit-il. Si j’accepte de rester ici, tu veilleras à ce qu’elle ne découvre rien ?
- Je ne te comprends pas… rétorqua Sirius. Elle est la seule à ne pas être au courant. Si tu le lui disais, tu pourrais descendre avec nous dans le salon.
- Et parader en Loup-garou ? Tu plaisantes, j’espère ! s’indigna Remus.
- Oh je t’en prie ! Tu n’es pas un monstre ! Les gosses t’ont déjà vu et ils ne se sont pas enfuis en hurlant !
- Tu veux dire, avant ou après que j’ai essayé de les tuer ? demanda Remus, acide.

Exaspéré, Sirius se leva à son tour.

- Tu as ta potion Tue-loup !
- Il est hors de question qu’une autre personne que toi ne me voit comme « ça » ! s’emporta Lupin, le visage blême.

Mais à peine sa voix s’était-elle haussée que Remus se détournait, gêné. Il se sentait ridicule de se mettre en colère ainsi. Ce sujet restait tabou et il trouvait grotesque de ne pas être parvenu à dépasser cela au fil des années.

Et dire qu’on le décrivait sage et réfléchi…

Le silence se prolongea et Lupin leva finalement les yeux vers son ami. Black l’observait avec gravité et Remus soupira, plus embarrassé encore. Il détestait se montrer si transparent. Même devant lui.

- Très bien, acquiesça finalement Sirius avant de rajouter avec entrain : Content de jouer les privilégiés !

Lupin croisa son regard rieur et un faible sourire étira ses lèvres pâles.

- Mais si tu veux mon avis, poursuivit Black, tu devrais le dire à Tonks. Au moins, tu n’aurais plus à te soucier de le lui cacher.
- Non, grommela aussitôt Remus.
- Pourquoi ne…
- Sirius ! Je ne veux pas !
- Mais… !
- Patmol ! Je ne te demande qu’une chose : la tenir à l’écart ! Est-ce que tu me le promets ?
- Argh ! finit par capituler Sirius. Oui, c’est d’accord, mais je ne te…
- … comprends pas, je sais, finit Remus pour lui.

Les deux hommes échangèrent un sourire mais Black dut sentir son anxiété persistante car il finit par lui jeter un regard en biais.

- Hum… tu sais que Tonks m’a souvent demandé de tes nouvelles ? lança-t-il négligemment.

Remus sentit sa gorge se serrer. Les propos de Patmol partaient d’une bonne intention mais celui-ci n’aurait pu choisir plus mauvais sujet pour le dérider.
Désireux de gagner un peu de temps, Lupin se tourna vers le porte-manteau à sa droite et examina avec attention un énième accroc qu’il découvrit sur sa lourde cape.

- Ah ?... Et alors ? parvint-il à articuler avec le plus de neutralité possible.
- Je crois qu’elle t’aime bien, répondit-il d’un air entendu.
- On est amis, les amis s’apprécient, en général.

Sirius leva les yeux au ciel, exaspéré.

- Ne fais pas semblant de ne pas comprendre. Elle a des vues sur toi, j’en mettrais ma baguette au feu ! Je crois que tu as une carte à jouer, conclut Black en souriant.

Remus souleva l’un des pans du vêtement, à la recherche d’une nouvelle entaille.

- Ca ne m’intéresse pas. Elle est trop …

Il chercha un instant le mot adéquat mais les seuls qui lui venaient à l’esprit ne sonnaient guère comme des raisons d’éviter toute relation.

- Extravagante pour toi ? finit Black à sa place, non sans éclater de rire. C’est sûr que vous êtes aux antipodes tous les deux.

Le poids dans la poitrine de Remus se fit plus lourd et il rabattit avec plus d’irritation qu’il ne l’aurait voulu l’épais tissu de sa cape.

- Voilà, tu as bien résumé.
- Je te comprends et puis, honnêtement, j’adore ma cousine, mais j’ai du mal à vous imaginer ensemble.
- Moi aussi, murmura Lupin.

Un silence un peu lourd se fit. Les réponses laconiques de Remus étaient venues à bout de l’entrain de Black et celui-ci se tourna vers la fenêtre.

- Bon, mon vieux, c’est bien beau de papoter, mais la nuit commence à tomber.

Saisissant l’allusion de son ami, Lupin fouilla dans la poche de son pantalon et en ressortit sa potion Tue-loup. Il leva la fiole vers Sirius, comme pour trinquer et avec un sourire triste sur les lèvres, la vida d’une traite. Une longue nuit allait commencer.



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MessageSujet: Re: "Lunard" by Hito   Mar 23 Déc - 20:05

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Tonks leva sa Bièreaubeurre et trinqua avec le reste des convives.

La cuisine, trop petite pour recevoir autant de monde, avait été abandonnée au profit du salon, beaucoup plus vaste. En fin d’après-midi, Sirius s’était chargé d’entreposer les meubles à l’étage et à présent, une longue table rectangulaire trônait au centre de la pièce lourdement décorée. L’humeur générale était à l’image de leur hôte. Particulièrement joyeux, Sirius jouait les boute-en-train, chantant, riant et plaisantant à qui mieux mieux. Incapable de rester en place, il se levait sans cesse de sa chaise afin d’aider Molly dans la distribution des plats et refusait catégoriquement qu’un invité ne vienne lui porter main forte. Il prenait cependant le temps de discuter avec Harry, et disparaissait parfois pendant plusieurs minutes à l’étage afin d’aller voir Buck qui était malheureusement souffrant.

La famille Weasley était presque au complet et le patriarche présidait le repas, confortablement assis en bout de table. Arthur était sorti le jour même de Ste Mangouste et n’était pas encore capable de marcher seul mais il se remettait peu à peu et nul doute que le dévouement et l’attention de Molly y étaient pour beaucoup. Celle-ci était aux petits soins avec son mari.

Un bruit saugrenu attira l’attention de Nymphadora de l’autre côté de la table, où les plus jeunes discutaient allègrement. Tonks ne put retenir un sourire en voyant l’un des jumeaux mettre subrepticement quelque chose dans le col de Ron. Un cri et de bruyants éclats de rire suivirent et la jeune femme soupira face à ce débordement d’enthousiasme.

Elle qui avait cru passer une soirée en compagnie de Remus avait vite déchanté, et on pouvait prétexter n’importe quelle mission urgente pour excuser son absence, Tonks savait parfaitement que Dumbledore avait fortement incité ceux qui le désiraient à fêter le Nouvel an en famille.

Non. Si Remus n’était pas là, c’était par choix et non par obligation.

- Par pitié, souris un peu ! s’exclama Sirius qui levait déjà les mains pour lui pincer les joues.
- C’est l’hôpital qui se fout de la charité ! répliqua-t-elle aussitôt en repoussant les dix doigts qui s’agitaient sous son nez.
- Mais je souris, moi ! Regarde !

Le visage de son cousin se fendit en deux mais Tonks se contenta de lancer :

- Veux-tu vraiment qu’on reparle de ces derniers mois ?
- J’aimerais bien te voir à ma place, « miss discrétion » ! Tu serais toujours aussi joyeuse avec une horde d’Aurors à tes trousses et une interdiction formelle de sortir d’ici ?
- En parlant de ça ! Mon ami Colin qui travaille à Edinbourg m’a dit qu’un Auror saoulait tout le monde à ton sujet, lança Tonks. Un certain… Olms… Ou Olds…

Arthur Weasley, assis à côté de la jeune femme, s’empressa d’intervenir.

- Kingsley se fait harceler par un Auror du ministère écossais. Ce doit être le même ! Il parait qu’il lui envoie un hibou toutes les semaines pour savoir où en sont les recherches. Il lui a même proposé son aide !... Tu penses bien qu’il a refusé !
- Génial, grommela Sirius. De toute façon, même si ce type venait à Londres, jamais il ne me trouverait… vu que je n’ai pas le droit de sortir d’ici, rajouta-t-il, grinçant.
- Je crois que c’est une fille, indiqua Tonks en fouillant dans ses souvenirs.
- Ça pourrait être un Gobelin, le résultat serait le même !

Sirius jeta un œil sur la vieille pendule qui prenait un malin plaisir à retarder malgré les efforts de Molly pour la remettre à l’heure, et se leva.

- Je reviens ! Je vais voir comment Buck se porte.
- Mais tu y es allé il y a vingt minutes ! s’étonna Tonks. Et puis c’est bientôt l’heure !
- Son état m’inquiète.
- Tu veux que je jette un œil ? proposa la jeune femme.
- Tu es une experte en Soins aux Créatures Magiques ? s’enquit Sirius, non sans ironie.
- Euh… Non.
- Alors tu restes là !

Et sans un mot de plus, il sortit de la pièce. Tonks se tourna vers Arthur d’un air exaspéré mais celui-ci se contenta de lui sourire et la jeune femme eut de nouveau le sentiment qu’on lui cachait quelque chose. Elle en était même persuadée. Combien de regards entendus avait-elle intercepté tout au long de la soirée ? Combien d’excuses Sirius avait-il donné pour sortir de table et s’absenter pendant cinq à dix minutes à chaque fois ?

Décidée à en avoir le cœur net, Tonks se leva… et fut aussitôt alpaguée par Molly.

- Où vas-tu ?
- Aux toilettes, dit-elle d’un ton dégagé.
- Mais c’est minuit dans deux minutes !
- Plus maintenant ! Grâce à cette bonne vieille pendule, j’ai droit à cinq minutes !

Sans prêter davantage attention au glapissement agacé de Molly qui découvrait le nouveau retard de l’horloge, Tonks sortit du salon. Faisant mine de se diriger vers les toilettes, elle bifurqua cependant en direction des escaliers menant à l’étage. Elle les grimpa le plus silencieusement possible et s’avançait déjà vers la pièce où logeait Buck lorsqu’une porte s’ouvrit quelques mètres plus loin. Elle profita de l’obscurité pour se cacher et se glissa dans une des nombreuses chambres inoccupées de la maison des Black.

- Arrête de râler ! s’exclamait Sirius d’une voix faussement agacée. Que tu le veuilles ou non, tu devras me supporter toute la soirée ! Et puis pour une fois que je peux en placer une sans que tu me coupes la parole !

Un grondement sourd parvint jusqu’à la jeune femme et elle fronça les sourcils. Sans jamais être rentrée dans cette pièce, Tonks savait parfaitement qu’elle était ordinairement occupée par Remus. Alors qui s’y trouvait à l’instant ? Car il ne s’agissait pas de Lupin ! De cela, elle en était persuadée au vue du grognement inhumain qu’elle venait d’entendre.

- Raté ! répliquait joyeusement Sirius tandis qu’un bruit mat retentissait à l’intérieur de la chambre. Apprend à viser ! Et arrête de faire cette tête ! T’es vraiment de mauvais poil, aujourd’hui !

Un nouveau bruit sourd se fit entendre suivi d’un « Aïe ! » retentissant.

- Ok, ok ! J’y vais ! grommela Sirius. Mais je reviendrai avec une part de gâteau !

La chose dans la chambre grogna doucement et Black poursuivit, un sourire dans la voix :

- Pourquoi tu fais ton timide ? Tu aurais dû me dire que tu avais une faim de loup !

BADABOOM ! Un nouveau projectile venait d’être lancé mais Sirius avait précipitamment refermé la porte derrière lui. Son rire chaleureux résonna dans le couloir et Tonks fit un pas en arrière afin se dissimuler davantage. Quelques secondes plus tard, Black dévalait les escaliers en sifflotant, laissant la jeune femme plus perplexe que jamais.

Etait-ce Remus, dans cette chambre ?

Il y avait eu une telle complicité dans ce court échange qu’en temps normal, la jeune femme n’aurait même pas douté. Et pourtant…

Si Lupin était bien présent ce soir, pourquoi restait-il enfermé ? Pourquoi ne descendait-il pas faire la fête avec eux ?

Un mauvais pressentiment vint brusquement la saisir.

Et s’il était blessé ? S’il était cloué au lit avec l’incapacité de parler, tout juste capable de grogner… et lancer des objets lourds…

Non, c’était ridicule ! Si jamais Remus avait couru le moindre danger, Sirius le lui aurait dit. Après tout, il n’avait aucune raison de le lui cacher.

Sauf s’il s’agissait d’une demande pressante de cette bourrique de Lupin !

Dans un soupir agacé, Tonks sortit de sa cachette, s’assura que la voie était libre et rejoignit la chambre de Remus le plus silencieusement possible. Elle n’avait pas beaucoup de temps avant que Molly et Sirius comprennent qu’elle n’était pas au toilettes mais partie fureter à l’étage, aussi ouvrit-elle précautionneusement la porte. La pièce était faiblement éclairée et Tonks dut pousser davantage le battant pour voir la chambre dans sa totalité. Son regard fut bien vite attiré par une masse sombre et imposante, dos à l’entrée, et la poignée de la porte lui échappa brusquement des mains.

Un Loup-garou !



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MessageSujet: Re: "Lunard" by Hito   Mar 23 Déc - 20:06

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Un léger cliquetis attira son attention et Remus émit un vague soupir exaspéré. Qu’allait-il devoir jeter à la figure de Sirius pour que celui-ci daigne enfin rejoindre ses invités ? Certes, sa présence lui faisait du bien et rendait son isolement moins douloureux mais il estimait que Patmol avait autre chose à faire que taper la causette à un Loup-garou seulement capable de grogner.

Avec une certaine maladresse, compte tenu de la longueur de ses mains aux griffes acérées, Lupin se saisit d’une chaussure posée au pied du lit et se retourna.

L’air déserta brusquement ses poumons et une soudaine nausée le submergea.

Nymphadora.

Nymphadora était debout sur le seuil et le fixait avec un mélange de surprise et de terreur.

Ses doigts faiblirent et le soulier tomba sur le sol dans un bruit sourd, faisant sursauter la jeune femme. Celle-ci sembla revenir à elle et, d’une main tremblante, fouilla dans la poche de son pantalon à la recherche de sa baguette.

La respiration de Tonks était saccadée et sa hâte trahissait une peur panique qui glaça Remus. Aussi, en dépit du danger de se voir frappé par Nymphadora, il ne bougea pas, trop assommé par cette situation qu’il avait voulu par tous les moyens éviter. Malgré un fulgurant désir de disparaître six pieds sous terre, il n’arrivait plus à détacher son regard de celui de Tonks et lorsque cette dernière parvint enfin à pointer sa baguette sur lui, son immobilité interpella la jeune femme.

Nymphadora balaya vivement la pièce des yeux, notant méthodiquement l’ordre relatif des lieux, hormis quelques objets sur le sol, puis son regard perçant vint de nouveau se poser sur lui.

Quelques secondes plus tard, Lupin la vit baisser lentement sa baguette, confirmant ce que l’incrédulité soudaine de son expression trahissait déjà.

Elle venait de comprendre.

- … Remus ? balbutia-t-elle, tandis qu’au loin résonnait le décompte annonçant la Nouvelle année.

« Cinq !… Quatre !… Trois !… Deux !… Un !… BONNE ANNEE ! »

Les éclats de voix provenant du salon ramenèrent Lupin à la vie.

Il fallait qu’elle sorte ! Il ne voulait pas qu’elle le voit ainsi ! Il ne voulait pas !

Un dégoût et une colère sans précédent gonflèrent dans sa poitrine et un long rugissement s’échappa bientôt de sa gorge. Tonks fit instinctivement un pas en arrière, les yeux soudain exorbités, mais elle se ressaisit aussitôt et rangea précipitamment sa baguette.

- Remus, appela-t-elle doucement, levant une main apaisante vers lui.

Mais elle ne comprenait pas. Il ne voulait pas qu’elle le regarde. Il ne voulait pas qu’elle voie plus longtemps le monstre en lui. Jamais il ne s’était senti aussi mal, aussi avili de toute sa vie.

Elle devait partir !

Il rugit de nouveau, cherchant à dominer les cris et explosions diverses qui s’élevaient du salon. Sirius allait bien finir par l’entendre et la ferait sortir d’ici. Mais le vacarme se poursuivait sans discontinuer et bientôt la voix acariâtre de Mrs Black vint se mêler à la joyeuse cacophonie.

- Arrête, je t’en prie, dit Tonks, cherchant à couvrir ses hurlements.

Le ton de la jeune femme s’était fait suppliant et son regard trahissait une douleur qu’il ne comprenait pas. Avec horreur, il l’a voyait s’avancer, les mains toujours levés, et Remus s’empressa de faire des gestes impressionnants afin de la tenir éloigner.

Mais sans succès.

- Je t’en prie… ça n’a pas d’importance… Arrête, s’il te plait… continuait-elle d’implorer.

Remus fit un nouveau pas en arrière et son dos vouté vint percuter le mur de la chambre. Il était pris au piège. Tonks le rejoignit en quelques enjambées et il tenta de repousser ses mains tendues à l’aide de son museau. Il gardait ses longs bras cachés derrière lui de peur de la blesser de ses griffes tranchantes, et courbait l’échine afin de l’éloigner de lui à coups de tête suffisamment puissants pour la faire reculer. Mais elle restait obstinément devant lui.

- Remus… supplia-t-elle, malgré ses grognements intimidants. Je ne partirai pas !

Sa voix avait claqué avec force et Lupin leva les yeux vers elle. Tonks semblait au bord des larmes, les bras toujours tendus vers lui, et son cœur se serra. Cette situation était impossible…

Dans un grondement rageur, Remus la repoussa d’un coup d’épaule et fondit sur la lampe qu’il brisa d’un geste furieux. L’obscurité envahit aussitôt la chambre que seule la Pleine lune éclairait et Lupin rejoignit le coin de plus sombre de la pièce afin de s’y cacher.

Protégé par la pénombre, le Loup-garou s’adossa au mur et sentit sa colère se dissiper au profit d’une profonde détresse. Les jambes faibles, il se laissa lentement glisser le long de la cloison et se recroquevilla sur lui-même.

Il aurait voulu disparaître, ne plus exister. Il aurait voulu fuir cette chambre, fuir cette maison s’il avait eu ailleurs où aller. Mais il devait supporter la présence de Tonks. Supporter sa voix. Son regard blessé. Qu’attendait-elle de lui ? Pourquoi ne pouvait-elle tout simplement pas le laisser ?

Malgré ses paupières closes, son ouïe fine et son odorat particulièrement développé lui apprirent la présence de la jeune femme à ses côtés. Il se tassa un peu plus sur lui-même et sentit la main légère de la jeune femme se poser sur son bras velu. Cette simple image lui donna la nausée mais il n’avait plus la force de la repousser. En fait, il n’avait plus la force de bouger du tout.

Il ne voulait plus qu’une seule chose. Que tout cela cesse. Que tout cela disparaisse.

- Remus… Je t’en prie, écoute-moi. Ça n’a pas d’importance. Je me fiche complètement que tu sois un Loup-garou. Tu m’entends ? demanda-t-elle.

Sa main pressa plus fortement son bras mais il resta immobile, priant pour que Sirius les rejoigne enfin. Il ne voulait rien entendre, il ne voulait rien écouter. Il voulait tout oublier.

- Tu aurais dû m’en parler. Tu aurais dû me faire confiance. Je ne comprenais pas pourquoi tu me repoussais sans cesse… Je sentais bien qu’il y avait quelque chose…

Mortifié, Remus sentit le front de la jeune femme se poser sur son épaule et un frisson de dégoût le traversa de part en part. Jamais il n’avait autant haï la monstruosité de son enveloppe. Comment pouvait-elle le toucher ? Comment pouvait-elle caresser ce corps abject ? Dans un râle de désespoir, il tenta de la repousser une nouvelle fois et entendit avec un soulagement indescriptible le pas précipités de Sirius dans les escaliers.

- TONKS ! rugit celui-ci d’une voix furieuse. OU ES-TU, MAUDITE ?

Quelques secondes plus tard, Black parvenait sur le seuil de la chambre. Surpris par l’obscurité de la pièce, celui-ci marqua un temps d’arrêt et fouilla dans la poche arrière de son pantalon.

- Lumos.

Une lumière diffuse apparut de la pointe de sa baguette et son regard accrocha aussitôt le couple dans l’angle de la pièce.

- Par Merlin… murmura-t-il avant de se précipiter vers sa cousine pour la relever de force. Qu’est-ce que tu fiches ici ?

La jeune femme résista mais la poigne de Sirius était solide et elle fut contrainte de se lever.

- Lâche-moi ! Je n’ai rien fait de mal !
- Bon sang, Tonks ! Tu ne comprendras donc jamais où sont les limites ? Tu n’étais pas censée venir ici et tu le sais parfaitement !
- Qu’y a-t-il à cacher ? Remus est un Loup-garou, et alors ? En quoi est-ce si dérangeant ?
- C’est dérangeant parce que c’est personnel ! s’exclama Sirius. Si Lunard avait voulu que tu le saches, tu l’aurais su.

La jeune femme se figea brusquement et ferma les yeux.

- « Lunard »… murmura-t-elle en secouant la tête. Pourquoi n’ai-je jamais demandé à quoi rimait ce surnom ?
- Parce que ce ne sont pas tes affaires ! Maintenant tu sors d’ici !
- Non ! lâcha-t-elle avec raideur. Je reste avec lui ! Il est hors de question qu’il reste tout seul ici alors que tout le monde s’amuse en bas !

Sirius fit un pas vers elle, le visage blême de colère.

- Mais bon sang ! N’as-tu donc pas compris qu’il ne voulait pas de toi dans cette chambre ? s’écria-t-il en désignant le corps prostré de Lupin.

La jeune femme se tourna vers le Loup-garou toujours immobile et dut plisser des yeux pour apercevoir la forme pourtant imposante de Remus.

Sirius tenait sa baguette éloignée de son ami, afin de le cacher aux yeux de la jeune femme. Il pressentait que la lampe cassée n’était pas due à un accident et la dernière chose qu’il désirait était d’accroître l’humiliation de son ami. Il se sentait suffisamment coupable comme cela. Emporté par la liesse générale, il n’avait pas noté l’absence de Tonks et seule la plainte de Molly concernant le retour tardif de la jeune femme le lui avait fait remarquer.

- Sors d’ici, Tonks, dit-il plus calmement. S’il te plait. Tu pourras en parler avec lui demain si tu veux mais ce soir, laisse-le tranquille.

Ces paroles raisonnables eurent l’effet désiré car les épaules de la jeune femme s’affaissèrent. Au bout d’un instant de réflexion, elle finit par acquiescer mais prit cependant le temps de se tourner une dernière fois vers le Loup-garou.

- Ca n’a aucune importance pour moi, Remus. Je veux que tu le comprennes bien.

Elle hésita encore quelques secondes, espérant peut-être un signe, une réponse quelconque de Lupin mais celui-ci ne bougea pas et elle finit par tourner les talons. Sirius la regarda fermer doucement la porte derrière elle puis reporta son attention sur le corps prostré de son ami.

- Je suis désolé, Lunard… Sincèrement.



A SUIVRE...



na, pas su faire plus petit ! bref, voial la suite ! merci sumiko-san !!!

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Sumiko Imai




MessageSujet: Re: "Lunard" by Hito   Mer 24 Déc - 11:20

A ton service chef.^^
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"Lunard" by Hito

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